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Seasons

 
Les saisons
There was a month I called May. When I buried it in papers, passion streaming down,
flooding the tiles of the rooms.
Herds of gazelles searching for mercy lap it up...and I wander about in search of a
knife
to sharpen against my cheekbones, as I turn the pages of these moments.
You are a stranger to me, and your eyes are the foam of distances running like rivers between us.
Don't ask me about my evaporating grief; perhaps it has become salt with which to
doctor wounds,
or maybe seeds I can scatter across the floor, to absorb the words that creep there in
search of a story.
Perhaps my sorrow was a bedsheet that couldn't cover its old bed.
Its only pretext was to gaze at the sky and snatch up stars.
Thus, with no trace of treason.

We were sitting on the couch casting glances into the horizon, arrows of light years.
Waiting, we dified the hours.
Our revolt...ashamed to wear a mask, its savage visage.
Our feet stalked insects to crush them, while they flaunted themselves like naked words
Determined to gasp their last breaths in our sight.
Between us there are also silken buds, fluttering spring butterflies.
Their clusters are like the sun's bashfulness when it gathers the girl's milk teeth,
causing the seasons, and among them you, cunning Spring.
Is what's between us the empire of Ahmad Taha?
Or those gleaming golden circles, panting behind steely eyes?
I wish I were a leaf, with cells in rows.
My splendor, seasons borne by sailboats. My ending the winter, when geckos hide away to dream of new plants growing.
From your bandaged wounds, in salt and fog,
soaring across riverbanks the morning of erupting promises,
running from shore to quay like a short story collapsing breathless on the streets,
Does anyone forbid fabrication?

Or might those cities that swallow fog conjure the word away too?
The same palm outstretched to God,
the same bare feet.
The same eyes, sparkling with poetry's delight.
Is this why you tremble, dreading the city's pages?
Is this why you left the streets, to seek refuge in the nightmares of years?
Will you take comfort in the disgrace of seasons,
and the vagrancy of lone words
on the sidewalks of meaninglessness?

Il y avait un mois que j'appelais le mois de mai, les feuilles l'ont enseveli, et l'amour a ruisselé,
désaltéraant le pavé des chambres.
Les troupeaux de gazelles en quête de miséricorde
le lèchent... et je me promène, à la recherche d'un couteau.
Je l'aiguise sur mes joues feuilletant les instants.
Tu m'es étranger, tes yeux sont l'écume de la distance, courant comme fleuves entre nous.
Ne m'interroge pas sur le chagrin qui s'est volatilisé, peut-être est-il devenu
le sel avec lequel je soigne à présent les blessures
Ou des graines, que je sème sur le pavé pour qu'elles absorbent les mots rampants à la recherche dune histoire.
Ou peut-être mon chagrin était-il un drap qui ne pouvait couvrir son vieux lit
son prétexte pour contempler le ciel et capturer les étoiles
Comme ça sans la moindre trahison.
Sur le canapé nous étions asssis, projetant nos regards à
l'horizon comme des flèches d'années-umière.
Notre révolution... honteuse de pporter un masque,
Sa face sauvage
Nos pieds subornent les insectes afin de les écraser,
alors qu'ils paradent comme des paroles nues
Elles ne peuvent que rendre le dernier soupir sous nos yeux.
Entre nous il y a aussi des bourgeons soyeux, une
escouade de papillons printaniers
Leurs cortèges sont la pudeur du soleil quand lui
parvient la dent de lait de la fillette
Alors sont les saisons, et parmi elles, tu es le printemps trompeur.
Y a-t-il entre toi et moi l'Empire des murs ? *

Ou bien ces anneaux aux rayns d'or, haletant derrière les orbites d'acier.
Si je pouvais être une feuille, avec des nervures pour cellules
Et pour éclat des saisons qu'apporteraient
les bateaux à voile
Ma fin serait l'hiver, quand les geckos se retirent,
rêvant de la croissance de nouveles plantes
Poussant dans tes plaies pansées au sel brumeux
Planant sur les plaines fluviales à l'aube des promesses
déclarées,
Galopant, des rives aux quais, comme une nouvelle
qui vacille sur les chemins.
Et qui en interdirait l'écriture ?

Ou bien ces villes qui avaient le brouillard pourraient-elles stigmatiser les motsCeux qui tendent leurs mains ouvertes vers Dieu
Ceux aux pieds nus
Ceux aux yeux qui brillent au bonheur du poème.
Est-ce cela qui fait frémir ta poitrine, la peur des pages
de la ville ?
Est-ce pour cela que tu as quitté les chemins, pour te réfugier dans les cauchemars des années?
Ta consolation sera-t-elle la honte des saisons
Et l'errance des mots solitaires
sur les trottoirs du non-sens ?

* Poème d'Ahmad Taha, poète égyptien.

S. Fathy - Translated by S.V. Atalia    S. Fathy, Paris, 20 mai 1993 et 11 avril 1995