Ordalie et Terreur

ordalie

Dar : Cette femme... nonne et mère d'un bâtard, pourquoi selamente-t-elle en latin ? Ne connaît-elle que ces mots-là ? Lui a-t-on arraché son fils, pourrait-il survivre à l'abandon dans une tour chrétienne de silence, innocent ou coupable... et elle, coupable ou non coupable... oui, serait-elle rongée par la corruption de ses divers tourments?

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Personnage en haillons : Il y a eu un jeu de miroirs, une blessure de décombres et une foule gisant dans l'affront permanent, enragée comme si elle l'était par son ventre exigeant. On crie pour avoir... on crie ou se faire pareil. Les masses abhorrent ces cris qui perdurent... Ainsi tout est à étouffer pour créer une nouvelle surdité. Le silence de l'ordre.

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Ce nom, Ordalie, ressemble à un nom de femme.. Le nom d'une femme à venir, Ordalie, la pièce, ce serait comme si quelqu'un, comme si quelqu'une interrogeait plus précisément, et pressait de questions la question même, à savoir ce qui lie toute une histoire de la scène théâtrale à cette forme parfois mal connue de procès qu'on appelle justement ordalium. (...) Tout dans la pièce revient à l'événement de quelque naissance, justement, d'une parole infante ou qui cherche à naître, parfois retenue dans l'aphasie, l'inarticulé ou la glossopoièse, le parler en langues. Et toujours pour tenter de dire le juste au sujet d'une genèse ou d'une généalogie, de la conception et de la filiation, légitime ou bâtarde, pour savoir à qui revient le nouveau-né, qui en fut le père, pourquoi le sein d'une mère fut coupé, et le lait inondé de sang.

Jacques Derrida (Extraits de la préface)

Ordalie est suivie d'une autre pièce, Terreur.