Worte Drehen, Brinkmann & Bose, Berlin

Momie de la mort vaincue. Sur un film de Chadi Abdel Salam
Toi qui pars, tu reviendras
Toi qui dors, tu te réveilleras
Toi qui meurs, tu revivras
Gloire à toi...

Dans son essai sur Kafka, Borges avance l'hypothèse qu'un auteur influence non seulement ses contemporains et les générations d'écrivains à venir, mais aussi ses propres précurseurs. Ainsi, on peut retrouver des éléments "kafkaïens" dans des oeuvres aussi hétérogènes que celles de Zénon, Kierkegaard, ou Browning. J'ai pensé à cette hypothèse en regardant La Momie de Chadi Abdel Salam sur Arte. Après avoir croisé la pensée de Derrida sur le cinéma lors du tournage de mon film sur lui (D'ailleurs, Derrida) et à partir du travail de de Derrda sur le concept de spectralité et le cinéma, il m'est venu à l'esprit qu'une lecture de La Momie depuis ce point de vue pourrait dévoiler quelques-uns des secretes de ce film culte, entièrement structuté autour du motif du secret...

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Je tenterai ici de lire, de m'approcher, d'un texte canonique et marginal à la fois de la littérature arabe en général et du mysticisme musulman en particulier. Ce texte, dit-on, serait le texte fondateur de ce qu'on a coutume d'appeler aujourd'hui le poème en prose. Le manuscrit de ce texte a été découvert et publié en 1935 par l'orientaliste anglais Arthur John Arberry. Puis, il est de nouveau tombé dans l'oubli. Le texte aussi bien que son auteur. Tout fondamental qu'il est à la pensée mystique et à la littérature, il a été recouvert par la poussière des bibliothèques, enfoui au fin fond des archives. Le livre de Haltes et des Adresses est cependant mentionné à cinq reprises dans les écrits posthumes de cinq de ses successseurs, et notamment Ibn Arabi...

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Je suis ce malheureux comparable aux miroirs
Qui peuvent réfléchir mais ne peuvent pas voir
Comme eux mon œil est vide et comme eux habité
De l’absence de toi qui fait sa cécité


Aragon, Le fou d’Elsa

Ce qui m’importe lorsque l’on parle cinéma, c’est de parler de l’acte de voir, de regarder, de visionner, de visualiser, de représenter et de se représenter, de la perception de l’espace et du temps. De l’espace optique et de l’espace reconstruit dans l’invisibilité, dans l’absence du regard ; lorsque le narcisse est atteint dans son instant de départ : le reflet. On parlera donc de la vue et de l’acte de voir à travers un écran ; et de l’acte d’imaginer quand l’acte de voir n’y est plus ; et du conflit et de la supplémentarité entre l’acte de voir et l’acte de croire. Le cinéma consiste à faire voir et faire croire. Une certaine vérité ou une véracité quelle qu‘en soit la forme, fiction ou documentaire.

De là nous rencontrerons sur ce sentier peu éclairé et sinueux la mémoire des images et des images en mémoire. De prime abord, une analogie me surprend : celle qui renvoie l’écran à l’œil, puisque l’œil est aussi un écran où les images sont projetées, d’ailleurs à l’envers, et le processus mental se charge de les remettre à l’endroit. Sur la route, il y aura des haltes que j’essaierai de lier chacune à un événement singulier que j’ai vécu ou que je suis en train de vivre : la révolution de l’image, et l’image de la révolution. Une révolution qui a eu lieu dans et à travers la révolution égyptienne.

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